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Le potoLab
Les aventures d'une designer



Projet Paulette - navigation à vélo
| Mobilité urbaine | Mots clés : vélo, guidage, UX design
Parking à vélo complet dans une rue à Malmö en Suède

Mais qu'est-ce donc que ceci ? Un nouvel article ? Hé oui, j'ai eu envie d'écrire à propos d'un projet sur lequel je travaille mais qui ne mérite pas de figurer dans mon portfolio.

En parallèle de mes missions d'UX/UI designer pour Axance, l'agence qui m'emploie, je bénéficie d'un programme de mentorat. Ce programme me permet d'avoir une mentor UX/UI designer senior qui m'aide à approfondir, éclaircir des compétences. C'est avec elle que j'ai choisi de me plonger dans un sujet qui me tiens à cœur : la navigation à vélo en milieu urbain.

Le vélo est mon mode de transport quotidien depuis plus de trois ans. Je l'ai adopté lorsque j'habitais à Malmö, en Suède, une ville aménagée pour l'usage du vélo. Maintenant que je suis à Lyon, je ressens cette différence de cyclabilité principalement lorsque je vais à un endroit que je ne connais pas alors qu'à Malmö je regardais rapidement l'adresse de ma destination sur Google Maps pour ensuite ne me fier qu'à la signalisation. Je n'avais aucune inquiétude car tous les grands axes bénéficient de pistes cyclables sécurisées et séparées des voitures. Malheureusement, à Lyon, après plusieurs frayeurs j'ai appris à mieux préparer mes itinéraires. Cependant, les outils existants sont pratiques pour préparer un itinéraire mais ne sont pas très pratiques pour se guider pendant le trajet. J'ai donc décidé de mener mon propre projet.

Au commencement de ce projet je n'avais pas encore une idée précise de l'outil idéal. J'avais en tête une application mobile reliée à un petit GPS qui s'accroche au guidon. C'est pourquoi j'ai commencé par faire un état des lieux de ce qui existait en terme d'application mobile et objets connectés liés au vélo. J'ai aussi lu quelques articles en lien avec le guidage à vélo et surtout, j'ai découvert le champ de l'interaction en mouvement. Suite à cet état des lieux j'ai réalisé un plan de recherche regroupant mes questions, mes hypothèses et les outils que je voulais mettre en place.

État des lieux

Quelques notions théoriques

Comment se guide-t-on en ville ?

Le guidage se fait grâce à trois niveaux de savoirs spatiaux. Ce sont la combinaison de ces trois savoirs qui permettent une navigation efficace.

  • Landmark knowledge (points de repères) : Ce savoir permet de se repérer grâce à des points de repères spatialement fixes importants (un bâtiment, une fontaine...). Ces points de repères sont liés à une zone en particulier (un quartier, un village...). Ce savoir est utile pour savoir où on est.
  • Procedural knowledge (séquence de points de repères) : Ce savoir est composé d'étapes ou actions qui permettent d'aller d'un point A à un point B. C'est le savoir qui est impliqué lorsque vous recevez des instructions pour atteindre votre destination. Ce savoir n'inclut pas forcément une position d'origine et de destination.
  • Survey knowledge (capacité à intégrer des points de repères, distances et routes sur une carte mentale) : Ce savoir permet de visualiser mentalement une carte avec notre point de départ, d'arrivée et le chemin entre ces deux points. La plupart des humains ont ce savoir seulement pour les zones qu'ils connaissent très bien. À noter que l'utilisation de GPS permet d'avoir un bon "procedural knowledge" mais moins un "survey knowledge"

Les types de modèles mentaux

Comme vu précédemment, tout le monde n'a pas forcément la capacité à générer une carte mentale de son chemin. Si la personne a une bonne visualisation spatiale, elle sera plus à l'aise avec une carte montrant sa route et les environs. Elle fera alors moins d'erreurs et ira plus vite. Si la personne a une mauvaise visualisation spatiale, elle sera plus à l'aise avec les dispositifs "étape par étape".

Le vélo en ville

S’orienter en ville ne doit pas empiéter sur le fait de faire du vélo. Le ou la cycliste doit garder son attention et sa concentration sur la route et doit pouvoir arrêter la navigation à tout moment. Utiliser son téléphone en pédalant demande beaucoup de ressources elles ont alors tendance à ralentir. (De Waard et al. 2014)

  • Les compétences des cyclistes varient beaucoup : équilibre, endurance, sentiment de sécurité...
  • Les mains doivent rester sur le guidon (Godthelp et al. 1998)
  • L’environnement est bruyant (interdiction de porter des écouteurs)
  • Problématique des vols de vélo (dispositif détachable)

Interaction in motion

Interaction in motion (aussi appelé "mobile interaction") est un champ de l'interaction homme-machine qui se concentre sur l’interaction en mouvement. Interagir avec un système alors que nous sommes en mouvement est très complexe, pour preuve le nombre de personnes qui cassent leur téléphone en faisant une activité physique. C'est pourquoi on observe que pour interagir avec le système, l'usager doit s'arrêter. C'est le modèle du “stop-to-interact”.

Les quatre enjeux de l’interaction en mouvement :

  • Cognitive load : l’attention est limitée. On ne peut pas être attentif à plusieurs choses à la fois. Lorsque la limite est atteinte, l’attention ne se concentre pas forcément sur ce qui est le plus important pour la sécurité
  • Physical constraints : le cycliste doit garder ses mains sur le vélo pour garder son équilibre
  • Terrain : l’interaction doit être pensée suivant le contexte (météo, obstacles, type de sol…)
  • Les autres : l’activité sportive a souvent un aspect social. (usager d’un même mode et usagers sur un autre mode) comme par exemple, faire du vélo dans une rue piétonne ou sur une véloroute induira une interaction différente

Benchmark des objets connectés et applications existantes

Bibliothèque d'objets

J'ai regroupé en un même endroit tous les objets liés de près ou de loin à la navigation à vélo. Certains de ces objets sont commercialisés, d'autres ne sont qu'à l'état de prototype dans un cadre de recherche. Cette bibliothèque est accessible ici.
J'ai ensuite réalisé une matrice me permettant de comparer les fonctionnalités des différents objets :

Matrice regroupant toutes les fonctionnalités des objets liés au vélo

Application mobile

De nombreuses applications multimodales proposent une fonction vélo : Google Maps, Citymapper, ViaNavigo (Paris), Transit, Moovit. Cependant, la navigation ne prend pas toujours en compte les contraintes liées au vélo (sécurité, circulation, attente aux feux vélo…). Afin de connaitre les applications mobiles les plus utilisées par les cyclistes urbains, j'ai réalisé un sondage sur Google Forms et diffusé via Twitter et LinkedIn le 12 juin 2020 qui a reçu 104 réponses. Deux applications sont en tête : Google Maps et Geovelo.

Google Maps

Application très connue mais qui n'est pas spécialisée dans le vélo. Les itinéraires proposés ne sont pas totalement adaptés aux cyclistes car ils n'ont pas de données de terrain très précises (pas de données sur les feux rouges et les sentiers)

Captures de l'application Google Maps

Géovélo

Geovelo est une application mobile française. C'est une des seules applications mobiles de navigation entièrement dédiée à l'usage du vélo. Elle est beaucoup plus spécifique que Google Maps. On peut y retrouver des données comme la météo, les parkings vélo...

Captures de l'application Géovélo

On remarque donc qu'l existe énormément d'objets connectés pour la navigation à vélo. La plupart ont pour cible les cyclosportifs. Ensuite, le seul usage réellement démocratisé en ville c'est le smartphone. Mais cet usage implique un "stop to interact" (s'arrêter sur sa route pour connaître la suite du trajet, ce qui peut être dangereux)

Plan de recherche

Objectif

Je cherche à répertorier les outils d'aide à la navigation (opportunités et limites) qu'utilisent les cyclistes de Lyon lors d'un nouveau trajet pour proposer un nouvel outil d'aide à la navigation adapté à leurs besoins. J'aimerais connaitre les attentes de ces utilisateurs et leurs freins (ce qu'ils redoutent).

Mes questions de recherche

La planification d'un trajet

  • Comment planifient-ils un nouveau trajet ?
  • Quels outils utilisent-ils ?
  • Combien de temps avant le départ planifient-ils leur trajet
  • Comment choisissent-ils leur trajet ?
  • Quels sont les critères d'un bon trajet ?

Le suivi de trajet

  • Utilisent-ils un outil pour suivre leur trajet ?
  • Comment font-il pour se repérer au long du chemin ? (outil, signalétique...)
  • Quels sont les problèmes qu'ils rencontrent dans cette navigation ?

Autres questions non liées à la navigation mais qui pourrait m'aider

  • Quelle multimodalité pour le vélo ? (usage des parking vélo ? des TC ?)
  • Quels sont les problèmes qu'ils rencontrent (hors navigation) ?

Interagir en mouvement

  • Quelles sont les interactions possibles avec un objet en mouvement sans nuire à la sécurité de l'utilisateur
  • Où placer l'objet sur le vélo ?

Les outils que j'aimerais mettre en place

  • Questionnaire en ligne (questionnaire partagé sur Twitter et Linkedin en juin 2020, 102 réponses)
  • Observations : Tester par moi-même puis suivre des cyclistes sur un nouveau trajet
  • Entretiens

Mes premières conclusions

L'analyse de l'existant m'a permis de mieux délimiter mon outil de navigation : j'imagine un outil robuste et low-cost relié au téléphone via une application mobile. Afin de pallier aux aléas métérologiques, il devra être détachable et waterproof. Un écran en noir et blanc permettra d'afficher les informations de navigation.

En plus de ce petit objet, l'enjeu réside surtout dans la qualité de l'application. Elle devra être peu énergivore, simple d'utilisation proposant un choix de trajets personnalisés et sécurisés. En effet, je me questionne beaucoup quant à la pertinence d'un énième objet connecté pour le vélo. Comme vu dans ma benchmark il existe un grand nombre d'objets connectés dédiés à la navigation. Cependant, c'est plutôt côté application mobile qu'il y a un manque. Geovelo, seule application mobile dédiée au vélo, a encore des progrès à faire sur la partie "trajets quotidiens en ville"

Mais si une application ou un objet peut aider les cyclistes dans leurs trajets en ville, une politique cyclable globale incluant des infrastructures de qualité (pistes continues/sécurisées/séparées des autres modes, signalétiques appropriées) restent le premier levier pour développer l'usage du vélo par toutes et tous au quotidien.

Sources

Weisman, J. (1981): Evaluating Architectural Legibility: Wayfinding in the Built Environment. Environment and Behavior, Vol. 13 No. 2, pp. 189-203.
O’Neill, M. (1991): Effects of Signage and Floor Plan Configuration on Wayfinding Accuracy. Environment and Behavior, Vol. 23 No. 5, pp. 553-573.
Marshall, J., Tennent, P. (2013): Mobile interaction does not exist. CHI EA '13: CHI '13 Extended Abstracts on Human Factors in Computing Systems. April 2013 Pages 2069–2078
Hochleitner, Wolfgang & Sellitsch, David & Rammer, Daniel & Aschauer, Andrea & Mattheiss, Elke & Regal, Georg & Tscheligi, Manfred. (2017). No Need to Stop – Exploring Smartphone Interaction Paradigms While Cycling. 177-187.


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